Une ville d’enfer – 1

23h15

Bob conduisait comme un pied, c’était un fait avéré maintenant. Je me fis la réflexion que la prochaine fois c’est moi qui conduirai ce tacot.

Angle de la 27ème, New York

23h30

Le corps était là, gisant sur le sol de cette ruelle sombre et pestilentielle, mais je ne pouvais pas encore le distinguer.

– On faisait notre ronde quand on est tombé dessus, Me rapporta l’agent de service.

On l’a signalé tout de suite.,

– On l’a identifié ? Demandais-je sans quitter le corps des yeux

– Femme d’environ 25 ans, blonde, elle n’a pas été tuée depuis longtemps, elle a encore ses bijoux sur elle. Vu le quartier, c’est quand même un miracle !

– Des témoins ?

– Evidemment personne n’a rien vu.

– Evidemment… ,soupirais-je.

En m’approchant, je vis le corps de cette jolie poupée décédée à plat ventre, sa longue chevelure blonde trempant dans une mare de sang. Elle portait une robe rouge et je pouvais distinguer une parure de bijou qui valait plus que toutes les soldes de ma carrière.

Un bien trop gros bijou pour une poupée pareille, plutôt à jouer les tapisseries pour des gros bonnets.

Elle avait été tuée une balle dans la tête : ça semblait être un crime passionnel. Le meurtrier ne pouvait peut-être plus supporter le visage de la jeune femme, qui était maintenant salement amoché.

– Amenez le corps à la morgue pour l’autopsie ! Ordonnais-je.

Que faisait cette femme au milieu de la nuit dans cette ruelle ? Elle était sur son trente et un, elle devait donc sortir d’un cabaret clandestin. Ces cabarets se multipliaient en ce moment à cause de notre chère prohibition : le beau peuple devait trouver un moyen de dépenser son argent en plaisirs divers. Le problème, c’est qu’en général, ils cachaient les mafiosos qui rendaient nos rues si « plaisantes ». Une épée à double tranchant, et pour cette poupée une mort au tournant.

Je décidais de regarder autour de « la poupée »,  j’avais décidé de l’appeler ainsi, au cas où j’aurais trouvé une piste sur le meurtrier.

La ruelle ne présentait rien de bien intéressant. Elle ressemblait à toutes les rues de cette ville : elle pourrissait de l’intérieur, une poubelle débordante, des rats qui courraient,… Bref, le paysage rêvé pour laisser un cadavre pourrir.

En m’approchant d’un tas de détritus, je vis l’emballage d’un paquet d’allumettes avec un aigle dessus. Ça m’étonnait : le meurtrier n’aurait pas fait une erreur aussi grossière, à moins que ça confirme mon idée du crime passionnel. Le gars n’était pas préparé et avait réagi à une pulsion destructrice.

Ça m’indiquait aussi que ce salaud avait une haute estime de lui et une piètre estime de la police. Il ne connaissait pas Joe Black, le seul flic de New York qui se cherchait des poux pour que cette ville puisse respirer et faire disparaitre son odeur nauséabonde.

Et ce qui est sûr, c’est que j’allais débarrasser cette ville du monstre qui avait tué «poupée ».

– Le bleu ! Hurlais-je!

– Oui patron ! Répondit-il presque instantanément, car il était juste derrière moi.

– Ça te parle ça ? Demandais-je en montrant l’aigle.

– Oui patron ! C’est l’emblème de Rildo : le parrain du quartier. A mon avis, ça vient d’un bar caché, patron.

– Sans blague, le bleu ? T’es pas rentré dans la police pour rien, toi ! Tu sais où c’est ?

– Non patron !

Je n’étais pas avancé : le sigle d’un parrain de la pègre, un cadavre et aucune piste. Il me fallait plus d’informations : je devais aller voir la Fouine, mon indic’.

– Tu me nettoies tout ça et tu me rejoins à la morgue dans deux heures ! Fis-je signe au bleu, tout en me dirigeant vers la voiture. Je prends la voiture !

Le Burger Palace, New York

00h15

Le Burger Palace était un petit restaurant où l’on pouvait manger les meilleurs hamburgers de tout New York, ouvert toute la nuit, pour les noctambules les plus affamés.

La Fouine m’attendait à une table au fond. C’était un petit homme assez corpulent dont le visage pouvait susciter la sympathie et la confidence facile. Ça tombait bien, le gars me craignait depuis que je l’avais coffré. C’était une petite frappe pas très maligne.

Je m’assis en face de lui. Il portait une casquette, pensant peut-être que personne ne le reconnaitrait. Pas très malin, en effet.

– Qu’est-ce que tu veux Joe ? Tu veux ma peau ou quoi ?

– Une jeune femme blonde bien trop belle pour toi et moi a été retrouvée morte dans une ruelle près de la 55ème, ça te parle ?

– Pourquoi ça devrait ?

– On a trouvé ça à côté du cadavre. Fis-je en lui montrant le paquet d’allumettes où figurait l’aigle.

– Ah…. Blonde, tu dis ? Ça doit être la poupée à Rildo. Ce gars en était fou. Une nana dont personne n’oserait rêver. Elle chante dans le bar du mafieux et amuse la compagnie.

– Elle amusait… Il est où exactement ce bar ?

– Tu veux rire ou quoi ?! Dès que tu mettras un pied là-bas, ils sauront immédiatement que t’es un flic !

– C’est le but ! J’te rappelle quand même qu’il y’a plein de flics qui vont dans ce genre « d’établissements » !

– Mouais… Enfin tu te débrouilles !

Comme d’hab’ , pensais-je.

– C’est près de Chelsea Park sur la 10th avenue, tu verras un barbier appelé « The barber shop », tu y rentres et tu y seras ! Et n’oublies pas « Les rendez-vous c’est pour les cols blancs ! »

A cet instant précis, l’idée que ce gars avait un sérieux problème cérébral m’a traversé l’esprit…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s