Il était une fois… Le début du conte.

2

L1

Son aimable moitié, sa compagne la Reine, était issue d’une noble lignée, et de toutes les grâces elle était dotée. À sa beauté, seule sa magie était comparable, car de sa naissance elle avait hérité le pouvoir de faire fleurir les vergers du palais et de chasser la maladie. De sa présence dépendaient la richesse et la paix, car la contrée enchantée sur laquelle régnait son époux était étroitement liée au sang de fée qui coulait dans ses veines.

De leur union une seule fille était née, tant belle et vertueuse qu’ils se consolaient aisément de ne point avoir de plus ample lignée.

Cependant, treize années après la naissance de l’Infante, la Reine s’apprêta à donner la vie pour la seconde fois. Son instinct lui avait prédit un fils, et comme elle l’avait annoncé, ce fut un garçon qui sortit de son sein, portant à la joue la même marque brune que le monarque son père.

Hélas, par un funeste coup du sort, l’enfant naquit sans vie. Épuisée par le vain effort que lui avait causé cette naissance, la Reine sentit de son corps s’envoler la chaleur et convoqua son époux à son chevet.

— Trouvez bon qu’avant que je meure, lui dit-elle, j’exige une chose de vous. C’est que s’il vous prenait l’envie de marier notre fille…

À ces mots, le Roi protesta vivement qu’il était superflu de lui parler de se séparer de sa fille, quand il était sur le point d’être séparé de sa femme.

— Il vous faudra y songer, insista la Reine, car vous savez que la coutume exige d’une Princesse de sang féérique qu’elle donne un Roi au royaume, afin que ce dernier perdure. Vous êtes devenu monarque en m’épousant, mais ce statut vous sera retiré à l’annonce de ma mort et échoira au Prince que vous choisirez pour notre fille.

Comme frappé par quelque malédiction, le Roi retira sa main de celle de la Reine.

— Je souhaiterais ne jamais la marier.

La Reine acquiesça péniblement :

— Pourtant, vos Conseillers et les royaumes voisins n’auront de cesse de vous y précipiter.

Lentement, elle retira l’unique bague d’or qu’elle portait à son doigt et la serra dans son poing :

— La loi vous permet d’assurer la régence du royaume jusqu’aux noces de notre fille. Promettez-moi que vous ne lui donnerez pas d’époux tant que cette bague sera trop ample pour son doigt.

Le Roi se saisit immédiatement de la main libre de son épouse et lui promit d’agir ainsi.

Pressentant que la dernière heure de la Reine arrivait, la sage-femme s’en revint une seconde fois, tenant l’Infante par la main. À la vue de sa mère mourante, cette dernière courut dans les bras de la Reine, d’amères larmes de tristesse s’échappant de ses yeux bleus.

En pleurant à son tour d’être arrachée si prématurément à sa fille bien aimée, la Reine délaça ses doigts et laissa tomber l’anneau d’or au creux de la paume de l’Infante.

— Ma tendre enfant, sanglota-t-elle, de tristes heures t’attendent, mais de plus grands bonheurs encore leur succèderont. N’oublie pas que toute vertu sera récompensée.

— Je ne veux pour bonheur que celui de rester auprès de vous ! pleura l’Infante en s’accrochant au corps maternel.

Hélas, ni ses larmes sincères ni ses mains menues ne pouvaient empêcher la mort de lui enlever sa mère.

— Fais-moi le serment de ne point te marier avant que cette bague ne t’aille au doigt, lui demanda la Reine.

Les yeux baignés de larmes, l’Infante jura tout ce que sa mère voulut, et dans ses bras, la Reine mourut.

On l’inhuma dès l’aube suivante, lors d’une émouvante cérémonie.

Les sanglots de l’Infante ne se tarirent point, mais ceux du Roi furent tôt séchés.

La sage-femme, qui était aussi la nourrice de l’Infante, en conçut une grande méfiance.

Les jours suivants, le Roi fidèle à sa promesse balaya sans une hésitation toutes les propositions de mariage que lui faisaient parvenir les Princes des royaumes voisins. Toutefois, il était évident qu’il avait pris goût au pouvoir et nourrissait quelque tortueux dessein afin de le conserver.

Or la vieille nourrice n’était pas une femme ordinaire : dans le secret de sa chambrette, elle prépara un étrange breuvage en récitant d’anciennes arcanes. Grâce à cette potion, elle put espionner les pensées du monarque.

Un soir, après que le Roi eut dîné avec ses courtisans et se fut retiré dans ses appartements, face au miroir, sa couronne sur la tête, il songea :

— Il ne me reste qu’une option pour conserver mon trône : épouser ma fille.

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